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Ce qu’Ubuntu peut pour sauver l’Internet (Vidéo)

Conférences

Qu’est-ce que la neutralité de l’Internet ?

La neutralité des réseaux (Net Neutrality en anglais) est une notion ancienne, plus vielle encore qu’Internet. Cette expression a été formalisée en 2006 par Tim Wu, lorsque les débats sur la question battaient leur plein aux États-Unis. Il s’agit d’un ensemble de conditions concernant la transmission des données sur le réseau que l’on peut résumer ainsi :

  • ne pas privilégier un type de données au détriment d’un autre ;
  • ne pas privilégier des adresses d’émission ou de destination au détriment d’autres ;
  • ne pas altérer les données transférées.

En quoi la neutralité est-elle si essentielle à l’internet ?

L’Internet tel que nous le connaissons aujourd’hui l’est justement parce que tout internaute peut contribuer librement à sa construction. Le réseau se fait par chacun de ses participants, que vous postiez un billet sur votre blog, développiez une application web ou soyez un fournisseur d’accès. Ainsi, le fait que vous puissiez recevoir et distribuer des informations ne dépend donc pas de vos capacités financières ou votre statut social. Au-delà de l’individu, les petites entreprises peuvent avoir une visibilité augmentée et proposer leurs nouveaux services aux côté des grandes.
Il est alors impensable que le vivier pour l’innovation qu’est Internet continue à exister, si à l’avenir certaines données provenant de certaines adresses sur le réseau se voient accordées la priorité de transmission. La neutralité constitue donc un pré-requis indispensable à l’innovation et la liberté d’expression.

En quoi cela nous concerne ?

Seriez-vous d’accord pour que demain votre accès à un site de vidéo quelconque se retrouve au mieux fortement ralenti, au pire totalement inaccessible parce que votre fournisseur préfère que vous alliez sur un autre site de vidéos, avec lequel il a un partenariat ? De même, accepteriez-vous que vous courriers électroniques mettent trois fois plus de temps à arriver si vous avez des amis qui ont l’outrecuidance de ne pas utiliser le même fournisseur que le vôtre ? Enfin, admettriez-vous que votre fournisseur d’accès scrute et analyse tout le contenu que vous envoyez ou recevez (courriel, messages sur des forums, communications téléphoniques, …)?

Cette ombre liberticide plane réellement sur nos têtes, avec les mesures telles que le Paquet Télécom en Europe ou la loi  « Création et Internet » dite « HADOPI » en France, ainsi que ses homologues dans le monde. Très récemment, une nouvelle entorse à la neutralité du réseau a été faite par la compagnie de téléphonie Vodafone, qui propose en Espagne une offre payante d’accès privilégié à Internet sur mobile lors de moments de fort trafic. Tout comme sur l’autoroute, il s’agirait de payer les péages… Il y a donc une certaine tendance à créer un Internet centralisé, un genre de retour à un minitel en plus moderne, qui mettrait fin à l’existence  du réseau en tant que bien commun, avec des incidences politiques, économiques et culturelles énormes. 

Crédit illustration : Melih Bilgil (Picol)

Video de la conférence de Benjamin Bayart du 28 novembre 2009 intitulée « Ce qu’Ubuntu peut faire pour sauver Internet », à l’Ubuntu Party organisée par Ubuntu-fr à Paris.

Transcription

Réalisé par le groupe de travail Transcriptions de l’April.

— 00:00:00 —

Benjamin Bayart >>

Ce dont je viens vous parler, c’est de ce que Ubuntu peut faire pour sauver Internet. C’était indiqué dans certaines versions du programme comme la neutralité du réseau. Vous verrez que c’est sensiblement le même sujet, c’est pas mal lié. Je viens vous embêter en tant que président de FDN. Comme je n’aurais pas l’occasion d’y revenir dans le reste de la conférence, deux mots sur ce qu’est FDN. French Data Network est un fournisseur d’accès à Internet, associatif, dont je suis président parce que j’étais le seul bénévole pour assumer le poste il y a dix ans quand la question s’est posée. On est le plus vieux fournisseur d’accès à Internet puisque nous sommes fournisseur d’accès à Internet depuis avril 1992. Pour vous donner une petite idée, France Télécom s’est lancé sur le sujet en 1995-1996. Ça fait très longtemps. Ça date d’avant l’époque où le Web s’est vraiment diffusé. Le Web est sorti du CERN à Genève, où il était essentiellement utilisé par des chercheurs, en 1994.

Bien. D’abord, le premier point dont je vais vous parler est l’enjeu. À savoir Internet. Je vais vous embêter sur qu’est-ce que Ubuntu peut faire pour sauver Internet. Il faudrait qu’on arrive à se convaincre du fait que le truc mérite d’être sauvé. Sinon on va retourner s’asseoir, il y a du café en vente libre, on va faire autre chose. J’ai oublié le slide avec le plan complet, je vais vous le faire avec celui là. Donc il y a l’enjeu.

Le deuxième point ce sont les dangers. Parce que si on veut le sauver, il faut bien le sauver de quelque chose.

Le troisième point c’est justement tout le sujet de la conférence, la piste que je vous propose et qui me semble pouvoir être suivie par les gens de chez Ubuntu. Et puis on fera une conclusion en forme de résumé du spectacle, histoire que vous ayez un condensé en trois minutes que j’aurais dit en 35-40 minutes si j’en crois les timings habituels. Donc ça laissera le temps de discuter après.

C’est une question rituelle que je pose : combien parmi vous on vu la conférence qui s’appelle « Internet libre ou Minitel 2.0 » ?

(Sondage rapide à main levée)

Un petit quart. Moins que d’habitude

(un organisateur parle à BB)

Avec fil ça marche mieux ?

(Changement de micro)

Ah oui ça a l’air. Et bien j’ai un fil à la patte.

Donc « Internet libre ou Minitel 2.0 », pour les gens qui ne l’ont pas vu, est une conférence que j’ai faite en 2007 à Amiens, qui a pas mal circulé sur Internet. La conférence durait une bonne heure, je vais vous en faire un résumé en quatre minutes sur un transparent. Vous allez voir ça se passe bien. Pour bien comprendre, il y a des points communs discutables entre Internet et le Minitel. Ce sont des réseaux de télécommunications qui peuvent se consulter de n’importe où, typiquement depuis chez soi. Ça utilise des techniques assez similaires, c’est de la transmission de paquets… On retrouve tout un tas de petits points communs. (On peut observer une salle pleine avec des personnes debout et d’autres assises au sol). Puis, il y a de vraies grosses différences. En fait, Internet marque une rupture avec tous les réseaux de télécommunications qui ont précédés.

— 00:03:40 —

Cette rupture peut se caractériser essentiellement par le fait que c’est un réseau a-centré.

Quand vous utilisez un réseau d’avant Internet… Le plus connu en France est le Minitel mais il y en a eu des tas d’autres. Aux États-Unis ça s’appelait America OnLine (ndr : AOL). Il y a eu les BBS qui étaient moins célèbres mais pas mal utilisés. Donc quand vous utilisez un réseau pré-Internet, vous utilisez en général un réseau centré, c’est-à-dire un réseau sur lequel il y a un gros ordinateur central qui contient ce que vous voulez consulter : les horaires de la SNCF, une base de données, un serveur de réservation de trains, un site de discussions érotiques, enfin n’importe quoi. Le machin auquel vous voulez accéder est au centre et autour il y a des ordinateurs très passifs qui ne contiennent rien et qui permettent seulement de le consulter. Les deux rôles sont très profondément asymétriques dans les anciens réseaux. Le serveur a une connexion de type serveur et le client a une connexion de type client. Ils ne font pas du tout la même chose.

La grande particularité d’Internet est qu’il n’y pas de centre. Si vous voulez, on peut comparer ça avec certaines formes de vie assez simple comme des plantes, où vous en coupez un bout que vous mettez dans l’eau et ça refera une plante. Et les deux feront deux plantes. C’est une des caractéristiques d’Internet : il n’a pas de point central. Si vous coupez Internet en deux, vous obtenez deux morceaux d’Internet qui ne se voient pas mais qui fonctionnent. C’est quelque chose d’assez compliqué à comprendre. C’est tout à fait contraire à ce que la majorité des gens ont dans la tête en parlant de réseau, mais le réseau fonctionne comme ça. Internet fonctionne comme ça. Et c’est un point essentiel.

— 00:05:30 —

L’autre point, c’est que c’est essentiellement un réseau de pair à pair. C’est un réseau de gens qui sont au même niveau, qui font la même chose. Je vous disais tout à l’heure qu’un réseau pré Internet, typiquement un réseau comme le Minitel est un réseau sur lequel le serveur à une connexion de type serveur qui est très différente de la connexion de type client. Ils ne parlent pas les mêmes langages, ils ne font pas tourner les mêmes types de programmes, ils ne sont pas capables de faire les mêmes choses. Sur le réseau Internet, quand deux ordinateurs sont reliés au réseau, n’importe lequel peut être à n’importe quel moment être un serveur ou un client ou les deux à la fois.

Ce n’est pas du tout le modèle auquel vous êtes habitués avec le Web. Vous êtes habitués au modèle où vous tapez www.facebook.com et puis vous allez sur le serveur Facebook. Il faut savoir que l’ordinateur qui est capable de consulter Facebook est également capable de publier un site Web. Sinon il ne serait pas relié à Internet. Le réseau est profondément, fondamentalement, un réseau de pair à pair. Si on vous donne une adresse IP, une des quatre milliards d’adresses possibles sur le réseau aujourd’hui. Vous ne pouvez pas dire, en analysant cette adresse, si c’est l’adresse d’un client ou si c’est celle d’un serveur. Il n’y a pas de différence.

Si vous examinez techniquement la connexion, a savoir si elle est en cuivre, en fibre optique, en câble, en machin, en bidule ou en truc… Vous ne saurez pas si c’est la connexion d’un client ou d’un serveur. Vous pourrez dire que c’est une connexion lente ou rapide. Mais on peut tout à fait être client sur connexion à 10Gb/s et être serveur sur une connexion à 64kb/s. Ça ce ne sont que des questions de vitesse. Le réseau, fondamentalement, il est a-centré, il n’est pas décentralisé.
Les pouvoirs publics en France, c’est un merdier qui est décentralisé. On avait tout mis au centre et on commence à en séparer des petits bouts. Internet est un système qui est a-centré. Il n’y a jamais eu de centre. Il vaudrait mieux qu’il n’y en ait pas.

— 00:07:45 —

Une autre grande caractéristique d’Internet, c’est que c’est un réseau ouvert. C’est quelque chose d’assez novateur. C’est un réseau dont toutes les normes sont publiées. Le standard, l’usage, le « on-fait-comme-ça-depuis-40-ans », c’est que quand on veut proposer une norme, au hasard « le web », on écrit sur un papier « ça serait chouette de faire comme ça, ça permettrait de faire tel application et tel application, d’ailleurs j’ai écrit un programme d’exemple qui le réalise, il est en pièce-jointe ». Et c’est comme ça qu’on fait depuis 40 ans. C’est à dire que quand on propose une norme sur internet, on propose toujours un programme avec les sources qui réalise cette norme pour dire « voilà ce que j’ai en tête, c’est ça mon idée ».

Donc l’idée d’un protocole sur le net qui soit soumis à des royalties, qui soit l’invention exclusive d’une entreprise qui derrière se verra affecter des royalties pour récompenser sa brillante invention, c’est contraire à ce qu’est internet depuis 40 ans. Donc ce réseau est fondamentalement ouvert.
C’est à dire que si quelque chose fonctionne sur le réseau, à priori, à part quelques exceptions bizarres en général sorties de chez Microsoft, on sait comment ça tourne, on a des exemples de programme qui le font et donc on est libre de faire d’autres programmes qui s’interconnecte avec. C’est pour ça que votre navigateur web arrive a aller sur a peu près tous les sites quelque soit la marque du serveur.

Vous allez rire : ce n’est pas commun. Regardez, rien que dans les cafetières ça ne marche pas comme ça. Vous ne mettrez pas une capsule d’une marque donnée dans une cafetière d’une autre marque. Rien que dans quelque chose d’aussi bête que les cafetières, ça ne marche pas. Sur la plomberie ça ne fonctionne pas. Essayez de visser un robinet américain sur un tuyau français, vous allez rigoler un brave moment. Avec des diamètres exprimés en millimètres d’un côté et en quart de pouces de l’autre, ça va être un grand moment de solitude.

Et je ne vous raconte pas les histoires de tensions électriques, les formes de prises électriques qui font toujours rigoler tout le monde dès qu’on voyage un peu. L’idée qu’un machin soit interopérable à l’échelle de la planète et ce soit développé en aussi peu de temps, c’est quelque chose de stupéfiant. Réfléchissez, le réseau électrique ça fait plus de 100 ans qu’il existe et on est toujours pas foutu qu’il soit interopérable. Prenez votre fer à repasser Parisien, allez à New-York pour le brancher, ça va être une plaie.

Ben moi je prends mon ordinateur parisien, je vais à New-York, pour le brancher sur le réseau ça va être assez facile et de toutes façons le navigateur fonctionne. Il y a un côté magique. Ça, ça vient du fait que le système est ouvert.

— 00:10:30 —

L’autre grande caractéristique d’Internet est qu’il est neutre. Un réseau neutre est un concept assez facile à expliquer lorsqu’on ne parle pas d’Informatique. La Poste est neutre vis à vis des lettres qu’elle transporte. Elle transporte aussi mal. Ou aussi bien, selon le point de vue qu’on en a. Le courrier que j’ai envoyé à ma petite sœur pour lui souhaiter un bonne anniversaire ou le chèque de plusieurs milliers d’euros que j’ai envoyé à un fournisseur pour payer une dette : la Poste s’en fout, elle transporte un courrier. J’ai mis un timbre à 56 centimes dessus, elle transporte une lettre avec un timbre à 56 centimes. Le contenu n’est pas pris en compte.

Une autre façon de voir, c’est de regarder le réseau d’eau. Le réseau d’eau transporte l’eau. Basiquement, savoir si elle est propre ou sale, ce n’est pas tellement son affaire. Vous mettez un colorant dans l’eau, elle se transportera pareil. Il ne la touche pas, il ne la modifie pas, il ne fait que la transporter. Si ça sature et bien ça sature.

Exactement comme le réseau routier. Le réseau routier vous transporte que vous soyez dans une Lada, une Volkswagen, une Mercedes ou une Ferrari : il vous transporte pareil, avec les mêmes règles. Parfois il sature. Mais il vous transporte pareil.

Le réseau Internet, de la même manière, est neutre. Ce qui est quelque chose de relativement courant dans les réseaux de télécommunications. C’est plutôt une norme, on ne s’était jamais posé la question de faire autrement. Il y a des points de non neutralité, il y a des règles de priorité. Exactement comme il y a des règles de priorité dans la vie de tous les jours.

Quand vous prenez un téléphone. (Benjamin Bayart prend son téléphone à la main). Alors ça marche de moins en moins avec les téléphone modernes parce que les opérateurs font bien ce qu’ils veulent depuis qu’ils sont plusieurs. Vous appelez les pompiers, le réseau ne peut pas être saturé. Quelque soit l’état du réseau, si vous appelez les pompiers le réseau ne peut pas être saturé. Une autre communication sera coupée s’il le faut pour faire passer celle là. Dans le monde des télécoms, ça fait 100 ans que ça marche. Ça s’appelle un appel prioritaire.
Ça n’est pas une atteinte à la neutralité du réseau parce que ce n’est pas un service qui peut s’acheter. C’est un service de base, exactement comme dans la vie de tous les jours, les ambulances ont des gyrophares pour pouvoir rouler plus vite y compris quand il y a des bouchons. Donc le réseau est neutre. Il transporte les données sans comprendre ce que c’est.

Un autre parallèle assez facile pour le comprendre est le réseau de communication qu’il y a entre vous et moi en ce moment. Il n’y a pas d’intermédiaire en fait. (Ndr: En fait si, dans le cas de cette transcription, des transcripteurs et des relecteurs ont joué le rôle d’intermédiaire.) Il y a de l’air dont vous savez qu’il est neutre. Si je vais me mettre dans la pièce à côté et que je murmure les messages dans une oreillette à mon camarade, ici présent, et qu’il vous répète les messages : vous êtes en droit de mettre sa parole en doute. Il y a un intermédiaire : vous ne savez plus s’il filtre. Et du coup la question de savoir si cet intermédiaire est neutre est une question importante. Dans la moindre discussion diplomatique, savoir comment l’interprète a traduit les propos d’un chef d’état est une question cruciale.

C’est ça la question de la neutralité du réseau : quelle confiance peut-on avoir dans le support ? Vous savez, plus ou moins instinctivement, que l’air qui nous sépare n’a pas altéré mes propos et que si je dit une connerie, c’est bien moi qui l’ait dit, ce n’est pas l’air qui a modifié le truc. De la même manière, Internet, quand il n’est pas abîmé ou sali, il est neutre. C’est-à-dire que quand vous voyez une débilité publiée sur un site Web, elle y était bien d’origine. Quand vous voyez un site Web sur lequel il n’y a pas un seul gros mot, vous pouvez vous dire : « tiens, l’auteur, c’est quelqu’un qui parle bien ».

Un réseau sur lequel le réseau se charge de supprimer les gros mots, n’est pas un réseau neutre. Parce que vous ne savez plus si ce que vous êtes en train de lire est vraiment ce qu’a écrit l’auteur ou si c’est ce que le réseau a traduit pour vous. Un bel exemple de réseau non neutre, c’est le réseau Internet en Chine. Eux, curieusement, quand ils vont sur wikipedia.org, ça répond « page not found ». Donc Les chinois pourraient arriver à cette conclusion brillante que Wikipedia n’existe pas.

— 00:15:00 —

Une autre façon de vous expliquer pourquoi l’enjeu est important. Ou plutôt de vous y amener. C’est de reprendre la décision 2009-580 du conseil constitutionnel qui est la décision de censure de la loi HADOPI. Elle est assez intéressante. Je n’ai pas amené le texte parce que ça faisait un peu long à vous lire, mais j’ai amené quelques éléments. Je rappel pour ceux qui n’ont pas suivi, HADOPI est une loi bécasse qui consiste à dire que les enfants n’étant pas sage sur Internet parce qu’ils ne font rien qu’a tuer des artistes en tapant dessus avec des modems, on allait les priver d’Internet. Exactement comme moi on me privait de télévision quand je ne faisais pas mes devoirs quand j’étais petit. C’est quand même une loi simple : ils font des conneries avec Internet, on les prive d’Internet. Il n’y a pas a en faire une maladie. Ils pourraient être privés de dessert ou de télévision ou de cinéma, c’est bien pareil.

Ce à quoi le conseil constitutionnel a répondu que non. Pour répondre au non, il ne s’est pas basé sur un détail de procédure, il s’est appuyé sur l’article 11 de la déclaration des droits de l’Homme de 1789. Donc un truc récent, novateur, très moderne, qui nous dit que : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi ». Ce que le conseil constitutionnel dit dans sa décision, c’est que, aujourd’hui, Internet est un moyen indispensable pour exercer réellement cette liberté. Ce que dit le conseil constitutionnel, c’est qu’en gros (si on sous-titre un peu), depuis un peu plus de deux siècles cette liberté est très virtuelle. Vous pouvez écrire, parler, imprimer librement…

Je vais faire un petit sondage dans la salle.

Qui parmi vous possède une imprimerie ? …

(Aucune main ne se lève dans le public)

On est d’accord. Moi j’en possède une, mais c’est pour rire.

Qui parmi vous a déjà vu un de ses écrits publiés dans la presse ? …

(Aucune main ne se lève dans le public)

J’en vois au moins deux ou trois qui devraient lever la main normalement. Ils n’osent pas.

Qui parmi-vous a déjà vu un de ses écrits publié sur Internet, fusse un commentaire ? …

(Une grande majorité des personne lèvent la main)

Voilà. Je suis formel. Le conseil constitutionnel a bon.

C’est évident, avant Internet vous ne pouviez pas exercer cette liberté. Depuis Internet, vous pouvez exercer cette liberté. Ce que dit le conseil constitutionnel dans sa décision, c’est que pour vous priver de cette liberté ou y porter atteinte, ne serait-ce que la restreindre, il faut nécessairement la décision d’un juge. C’est quelque chose qu’en droit nous connaissons très bien. Une liberté fondamentale à laquelle on porte atteinte, c’est relativement courant.
L’atteinte la plus sérieuse, qu’on a arrêté en 1981, c’était de couper les gens en deux entre les épaules et le menton. Cela portait atteinte à un certains nombre de libertés. À peu près toutes en fait. Même la liberté de mourir dans la dignité parce que je ne sais pas si c’est digne. Le fait de porter atteinte à la liberté, c’est quelque chose de très courant. Quand on met quelqu’un en prison, on porte atteinte à sa liberté d’aller et venir. Qui est aussi une des libertés fondamentales, on a le droit d’aller où on veut. Pour mettre quelqu’un en prison, hormis quelques bizarreries dans les pays non démocratiques, il faut un juge.

Et bien de la même manière le conseil constitutionnel nous dit que pour vous restreindre votre liberté d’expression en vous privant d’un accès à Internet, il faut un juge. C’est-à-dire qu’on est parti d’une loi bécasse qui disait qu’on allait punir les enfants en les privant d’Internet, à une conclusion, assez à l’opposé qui n’a pas grand chose à voir, qui dit : certainement pas, Internet est une liberté fondamentale et pour priver quelqu’un, fusse un enfant, d’une liberté fondamentale, il va falloir des motifs un peu sérieux. Et le fait de faire « kikoo lol » sur MSN en écoutant de la musique, ce n’est pas suffisant comme motif pour mettre les gens en prison.

— 00:19:10 —

Ce que dit le conseil constitutionnel, ce n’est pas qu’Internet, ou l’accès à Internet est en soit une liberté fondamentale. Parce que ce ne serait pas vrai. Ce que dit le conseil constitutionnel c’est que Internet est nécessaire à l’exercice réelle d’une liberté fondamentale, garantie par la constitution dep