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Le libre, un phénomène en expansion

Aujourd’hui, mardi 20 avril 2010, ouvrait l’exposition « Contrefaçon » à la Cité des sciences et de l’industrie.
Cet établissement public accueille les Ubuntu Party parisiennes depuis 3 ans, de nombreux logiciels libres sont utilisés dans leurs expositions (notamment Objectif Terre) et la directrice Claudie Haigneré a même rencontré Mark Shuttleworth, le fondateur d’Ubuntu, lors de notre dernière Ubuntu Party.
C’est tout naturellement que les commissaires de l’exposition qui ouvrait aujourd’hui avaient prévu d’y présenter l’art, la culture et les logiciels libres.

« Le libre, un phénomène en expansion » est l’intitulé de la présentation d’Isabelle Vodjdani, finalement supprimée de l’exposition à la suite d’une décision de l’Institut national de la propriété industrielle (INPI), partenaire principal de l’exposition. Nous vous en proposons la lecture :

Dans le cadre du droit d’auteur qui protège les créations littéraires et artistiques, un nombre croissant d’auteurs choisissent de mettre leurs œuvres à la disposition du public avec un type de contrats bien spécifiques qu’on appelle des licences libres. Ces licences autorisent quiconque à diffuser des copies de l’œuvre. Elles l’autorisent également à publier sous sa propre responsabilité d’auteur des versions modifiées de l’œuvre. Ces autorisations sont assorties de deux conditions :

  • Premièrement, il faut mentionner l’auteur de l’œuvre initiale et donner accès à ses sources
  • Deuxièmement, les copies ou versions modifiées de l’œuvre doivent être publiées avec les mêmes autorisations.

Les œuvres libres sont nécessairement divulguées avec une licence qui garantit ces conditions. Parmi ces licences, on peut citer la GNU GPL, pour les logiciels, et la Licence Art Libre, pour les œuvres culturelles. Le domaine des œuvres libres n’est donc ni une zone de non droit ni assimilable au gratuit. D’ailleurs les anglo-saxons associent le mot français « libre » au mot « free » pour écarter toute confusion, car il y a des œuvres gratuites qui ne sont pas du tout libres, et il y a des œuvres libres payantes.

On parle aussi du « monde du libre » pour désigner l’ensemble des acteurs qui participent à la promotion et au développement du domaine du libre. Ce mouvement s’inspire des usages qui régissent la circulation des connaissances dans les milieux académiques. Mais depuis 1983, ce sont les développeurs de logiciels qui sont à l’avant-garde de ce mouvement et de sa formalisation juridique, car dans ce secteur d’activité la nécessité d’innovation est constante et les utilisateurs ont tout intérêt à mettre la main à l’ouvrage pour améliorer les défauts d’un logiciel ou l’adapter à leurs besoins. Ainsi, ils deviennent à leur tour auteurs.

Ce modèle de développement correspond aux aspirations d’une société démocratique composée de citoyens qui apportent une contribution constructive à la vie publique et ne se contentent pas d’être seulement gouvernés. L’intérêt que suscite le Libre est donc d’abord d’ordre politique. Cet intérêt est exacerbé par le fait que les législations de plus en plus restrictives sur le droit d’auteur évoluent à contresens de l’intérêt du public et deviennent des freins pour la création. Dans ce contexte, les licences libres apparaissent comme une issue légale et pragmatique pour constituer un domaine dans lequel les obstacles à la diffusion et à la réutilisation créative des œuvres sont levés.

Dans le domaine de la création artistique et de la publication scientifique, le modèle du libre correspond aussi à une réalité sociale. C’est l’émergence d’une société d’amateurs qui, à la faveur d’un meilleur accès à l’éducation, au temps libre, aux moyens de production et de communication, s’invitent sur la scène en bousculant parfois les positions établies. Ces amateurs sont les vecteurs, les acteurs et les transformateurs de la culture, ils en sont le corps vivant ; sans eux les œuvres resteraient « lettre morte ».

Depuis le 19ème siècle, avec la création des musées et la naissance du droit d’auteur, notre culture a privilégié les moyens de la conservation pour assurer la pérennité des œuvres. Aujourd’hui, les supports numériques et internet sont en train de devenir les principaux moyens de diffusion des œuvres. Certes, internet est un puissant moyen de communication, mais il n’a pas encore fait ses preuves en tant que moyen de conservation. Ce qui se profile avec le modèle du libre, c’est que parallèlement aux efforts de conservation dont le principe n’est pas remis en cause, une autre forme de pérennisation retrouve sa place dans notre culture ; il s’agit de la transmission, qui fonde aussi la tradition. Or, l’acte de transmission passe par un processus d’appropriation (on ne peut transmettre que ce qu’on a déjà acquis ou assimilé), et cela implique des transformations qui font évoluer les œuvres. C’est la condition d’une culture vivante, une culture portée par des acteurs plutôt que supportée par des sujets.

Copyleft : Isabelle Vodjdani, 20 avril 2010, ce texte est libre, vous pouvez le copier, le diffuser et le modifier selon les termes de la Licence Art Libre http://www.artlibre.org

5 commentaires »

  • LordPhoenix said:

    Je serais curieux d’en savoir un peu plus sur la raison officielle de la décision de l’INPI Des infos?

  • SixOO said:

    bravo l’INPI, ça me donne envie de coller ce texte sur les belles affiches de pub pour cette expo. Et aussi un autre contre l’ACTA.

  • sergio said:

    Ben voyons ! L’INPI défend les «droits d’auteur», les brevets sur les logiciels… bref le libre n’est pas pour lui…

    cf : http://www.transactiv-exe.org/spip.php?article141

  • PrFirmin said:

    Je ne veux pas faire de pub mais Isabelle Vodjdani a justement écrit un article sur framablog sur le sujet où elle explique ce qui s’est passé.
    En gros elle a reçu un mail comme ça :
    « notre partenaire principal, l’INPI, est farouchement opposé à ce que l’exposition donne la parole aux défenseurs du « libre ». Nous avons essayé de discuter et d’argumenter avec eux mais l’INPI reste intransigeant sur sa position. Nous sommes donc obligés, avec grand regret, de ne pas présenter votre parole que vous aviez, aimablement, accepté de rédiger et d’enregistrer. »

    source : http://www.framablog.org/index.php/post/2010/04/21/inpi-censure-le-libre

  • Amy said:

    Ben voyons ! L’INPI défend les «droits d’auteur», les brevets sur les logiciels… bref le libre n’est pas pour lui…

    cf : http://www.transactiv-exe.org/spip.php?article141