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Censure du libre par INPI : un mois après

Conférences

Comme nous l’avons annoncé, l’INPI (Institut National de la Propriété Industrielle) s’était fermement opposé à la présence d’un texte de présentation de l’art libre dans le cadre de l’exposition « Contrefaçon ». Isabelle Vodjdani, l’auteure du texte, avait donc vu sa participation censurée.

Tout cela se passait il y a un mois. Nous vous proposons ici, en exclusivité, une interview avec Isabelle Vodjdani et son retour sur cette censure et les évènements ayant suivi.


Q : Pourquoi la Cité des sciences t’a-t-elle contactée spécialement ?

R : Les commissaires de l’exposition « Contrefaçon » voulaient proposer un petit volet sur le libre pour présenter une alternative aux problèmes de propriété intellectuelle abordés dans le cadre de cette exposition. De mon côté, je suis engagée depuis dix ans dans Copyleft_Attitude ; j’ai également participé avec Antoine Moreau, artiste et initiateur de Copyleft_Attitude, ainsi que les juristes Mélanie Clément-Fontaine et David Géraud, à la rédaction de la Licence Art Libre et de ses versions successives. De plus, j’ai publié un article de vulgarisation qui établis le Comparatif de licences libres non logicielles ce qui m’avait amené à éplucher quelques licences ; j’ai suivi de près le projet de loi DADVSI au moment de sa discussion au Parlement ; j’ai participé à moult tables rondes, conférences ou commissions sur le droit d’auteur. Par conséquent, je fais partie des nombreux acteurs que l’on sollicite lorsqu’il s’agit de présenter le point de vue d’un libriste sur le droit d’auteur dans le domaine de l’art et la culture.

Cela étant, il y a en France des personnes plus prolixes et visibles que moi pour parler du libre, à commencer par les acteurs du logiciel libre ou ceux qui défendent la nébuleuse des licences Creative Commons plus ou moins libres. Certaines s’y consacrent même à plein temps. Alors pourquoi n’ont-elles pas été sollicitées ? Je ne sais pas. La commissaire adjointe qui m’a contactée disait qu’ils étaient intéressés par ma double casquette d’artiste et d’universitaire. Il leur fallait un texte précis et synthétique qui évoque tous les aspects du libre : juridique, historique, culturel, politique, philosophique,… Je suppose que le fait de s’adresser à une enseignante répondait également à un souci de pédagogie parce que l’exposition s’adresse à des néophytes.

Q : As-tu eu des échanges avec les commissaires d’exposition depuis son ouverture ? L’INPI t’a-t-il contactée ?

R : Non, l’INPI ne m’a jamais contactée. De mon côté, j’ai évité de multiplier les échanges avec les commissaires de l’exposition parce que je ne voulais pas les mettre dans l’embarras d’avoir à tenir un double langage. Après le communiqué qui a été publié conjointement par l’INPI et la direction de la Cité des sciences pour tenter de se justifier de cet acte de censure, je sentais bien que les commissaires étaient coincés entre le discours officiel que l’INPI exigeait de tenir sur l’affaire et la conscience professionnelle qui les avait initialement poussés à prévoir un volet sur le libre. Les membres de l’April qui ont par la suite eu une entrevue avec la direction de la Cité des sciences m’ont confirmé le malaise. Mais bien entendu, les commissaires de l’exposition ont été les premiers informés de la publication de mon article sur transactiv-exe.org et ils se sont montrés attentifs aux commentaires postés dans le forum de l’article, puisqu’ils m’ont dépêché leur traducteur pour corriger un petit passage problématique relevé par des commentateurs. J’ai beaucoup apprécié ce geste de leur part.

Q : Comment as-tu vécu le ramdam autour de cette censure ? Le bruit généré par cette affaire était-il à la hauteur de tes attentes ?

R : Je suis contente que cette affaire ait servi les acteurs du libre, notamment Ubuntu, LinuxFr.org, Framasoft, April, Copyleft_Attitude, Libre Accès (et même le Parti Pirate dont je ne partage pas toutes les idées) qui ont largement fait entendre leur voix à cette occasion. Également, je trouve que l’opération de sensibilisation qu’ils ont organisée le 4 mai pour l’inauguration de l’exposition était très bien menée et réussie.

Le bruit pourrait paraître disproportionné eu égard le caractère anecdotique du geste de censure touchant un petit texte de vulgarisation qui n’a la prétention d’être ni un chef-d’œuvre ni un acte de transgression particulièrement croustillant. Cependant, cette censure a valeur de symptôme. Premièrement, elle révèle l’étendue des résistances du secteur industriel au modèle du libre, que celui-ci s’applique au domaine des logiciels, de l’art ou de la culture. La bonne nouvelle est que cette résistance que nous voyons si puissante – au point de s’appliquer à un texte aussi sobre que modeste – , est à la mesure de la vitalité et de l’attractivité du domaine du libre. Deuxièmement, cette censure met à nu le fait que l’exposition « Contrefaçon » n’est rien d’autre qu’une entreprise de propagande : c’est le propre de la propagande que de n’admettre aucune alternative hors du manichéisme dont elle se justifie au nom de la prétendue « clarté » du message.

Q : Parmi les réactions, certaines t’ont-elles surprise ?

R : Non, pas trop. Il y a eu quelques malentendus ici ou là, on a parlé de censure du logiciel libre alors que mon texte évoquait autant les logiciels que l’art et la culture. Il y a eu quelques risques de dérapage par excès de zèle, ce qui se comprend bien dans l’effervescence, mais rien de bien méchant. Certains acteurs ont brillé par leur silence mais ils avaient d’autres priorités : le texte du projet ACTA a été publié le 21 avril et ils étaient trop occupés à l’éplucher et à mener des actions pour peser contre ce projet. Ils ont raison, car ce traité est autrement plus menaçant qu’un fait de censure somme toute assez marginal.

Q : As-tu visité l’exposition ?

R : J’ai lu le dossier de presse et quelques articles décrivant l’exposition « Contrefaçon » et je dois avouer que  cela ne m’a pas vraiment donné envie d’y aller. Je sais qu’il serait nécessaire de la visiter et d’en proposer une analyse critique. Mais pour l’instant, je n’en ai pas le courage. J’espère que d’autres le feront.

Si j’ai quelques après-midi de libre, je préférerais nettement les consacrer à revoir de façon plus approfondie l’exposition « Seconde Main » qui dure jusqu’au mois d’octobre au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris. Loin de stigmatiser la contrefaçon pour la condamner, cette exposition porte un regard passionnant sur une variété de pratiques touchant à la copie, la reprise, l’appropriation ou l’imitation dans l’art contemporain. Elle est riche d’enseignements sur le renouveau de sens qu’acquièrent les œuvres à travers ces pratiques. À ma connaissance, aucun artiste vivant ne s’est plaint d’avoir reçu l’hommage d’une copie ou d’une imitation. Les quelques critiques exprimées à l’encontre de cette exposition émanaient des ayant-droits d’artistes décédés.

Q : Utilises-tu Ubuntu ?

R : Bien sûr ! J’utilise Ubuntu depuis cinq ans. Et je suis passée à la dernière version Lucid Lynx il y a un mois.

Retrouvez Isabelle Vodjdani et l’art libre dans la conférence « Art libre : un processus en expansion » qui se  tiendra le dimanche 30 mai 2010 à 16h30.

Pour connaître les autres conférences, vous pouvez consulter le programme complet.

3 commentaires »

  • Racketiciel said:

    Je trouve dommage pour Isabelle de ne pas avoir pu se présenté à l’exposition de la Cité des sciences, montrer les alternatives est aussi une façon de montré aux personnes qui l’illégalité n’est pas obligatoire.

  • e-rwan said:

    salut,
    je suis passé en coup de vent à cette expo il-y-a deux semaines, et j’ai pu voir un téléviseur qui passai en boucle des témoignages et des explications sur la creative-commons.
    comme je le dis je n’ai pas pu rester longtemps(accompagné de ma petite sœur d’avantage intéressée par les son et lumières ^^) et je n’ai pas pue voir si il y avait d’autre chose sur le libre, ce téléviseur était placé en périphérie de l’expo.
    j’étaie donc étonné, il vous censure un texte sur le libre, et ils promeuvent une licence libre tout en appuyant sur ce point.

  • Yoko said:

    Creative common n’est pas forcément libre.La clause ND ne donne pas une licence libe.